Manifestation contre les violences policières, le 15 mars 2022 à Bruxelles.

Près de 500 manifestants se rassemblaient mardi 15 février à l'occasion de la journée contre les violences policières. La marche s'est terminée sur plusieurs prises de paroles de proches de victimes et de membres de comités de soutien. Cité24 y était présent.

Et notamment le journaliste de Cité24 Fayçal Cheffou, qui a témoigné, auprès d'autres proches de victimes, au sujet de son frère Karim, tué il y a vingt ans, à l'âge de 23 ans, par neuf balles tirées par la police fédérale. Interpellé alors qu'il était en voiture, le jeune homme a fui en marche arrière. La version officielle affirme que la victime a foncé sur les policiers, justifiant ainsi l'usage d'une arme à feu à bout portant pour légitime défense. "C'était ma première enquête sur des faits de violences policières", raconte le journaliste, "parce que tout ce que j'ai appris sur les circonstances de la mort de mon frère, c'est en allant interroger la voisine, qui avait tout vu de la scène". Néanmoins, sous une forte pression policière, celle-ci ne témoignera pas et l'affaire se soldera par un non-lieu.

Un témoignage qui entre en résonance avec celui du frère de Mehdi Bouda, percuté par une voiture de police roulant à contre-sens à 100km/h et sans sirène. C'était en 2019, Mehdi avait dix-sept ans. "Le premier réflexe des policiers, ça a été de lui fouiller les poches et de le regarder mourir pendant 13 minutes. Pour moi et ma famille, c'est le combat qui commence", a-t-il déclaré. Un combat marqué par l'indignité, le racisme et une maltraitance dont témoignent toutes les familles et les proches des victimes sans exception. La prochaine audience de l'affaire de Mehdi Bouda, à laquelle son frère invite tout le monde à se rendre, se tiendra le 6 mai au Palais de Justice à Bruxelles.

Ayoub Bouda revient sur le décès tragique de son frère Mehdi.

"Ce n'est pas dans la rue qu'on est un soutien"

Véronique Clette-Gakuba, membre du comité de soutien Lamine Bangoura, a notamment rappelé fermement les besoins matériels et l'importance des frais de justice et administratifs qu'engendrent pour les proches des défunts le travail nécessaire à l'éclaircissement des circonstances des décès et la poursuite de leurs meurtriers. "La lutte contre les violences racistes policières ne se passe pas dans le rue, elle se passe au quotidien aux côtés des familles, et de manière très concrète", a-t-elle affirmé, invitant les manifestants à participer solidairement à ces frais.

La rhétorique de blanchiment des crimes policiers

Plus récemment, Mohammed Amine Berkane et Ayoub Ayoubi, tous deux sans-papiers, trouvaient la mort respectivement le 12 décembre 2021 et le 12 janvier 2022 dans des circonstances troubles impliquant la police, allongeant encore par là la liste des victimes d'assassinats policiers dans des conditions d'indignité qui constituent les seules formes d'expérience possibles pour les populations noires et arabes en Belgique.

En effet, si, à l'instar de celles de Mohammed Amine et de Ayoub, plusieurs des morts de cette macabre liste restent encore à élucider, la rhétorique justificative des policiers incriminés, inversant systématiquement par anticipation la culpabilité à l'endroit des victimes, constitue une grammaire de blanchiment des policiers qui apparaît comme une constante du racisme d'Etat et dont les termes favoris sont bien connus des militants anti-racistes : "overdose", "légitime défense", "usage proportionnel de la force", "syndrome du délire agité", "fuite suspecte"...

Lire aussi : « Je quitte la police et je rendrai public tous les dossiers »

De la nécessité des contre-enquêtes

La répétition à la quasi-identique des ces meurtres policiers et l'effarante facilité avec laquelle ceux-ci se soldent par des non-lieux témoignent d'une criante nécessité de la réalisation de contre-enquêtes. À l'instar de Véronique Clette-Gakuba, l'ensemble des comités de soutiens invite les militants solidaires des proches de victimes d'assassinats policiers à donner corps et forme concrète à leur soutien : aide financière pour la prise en charge des frais de justice, rédaction des comptes rendus d'audience, analyse des techniques d'intervention, qualification des scènes et des lieux précis où le racisme agit, constitution de partie civile, réalisation de contre expertise médicale, encadrement ciblé du travail des avocats.

Vous trouverez ci-dessous, les liens pour soutenir financièrement les proches des victimes :
- Cagnotte pour la contre-autopsie de Ayoub Ayoubi
- Soutien à la famille de Moïse Lamine Bangoura