Cité24 a tenu à donner la parole directement à certains jeunes qui ont subi des violences policières ce 24 janvier dernier à Bruxelles, mais aussi à leurs parents présents. Les scènes décrites peuvent être difficiles à entendre. L’avocate Selma Benkhelifa était également présente pour le volet juridique. Les militants Nordine Saïdi, du collectif anti-raciste Bruxelles Panthères et Anas Amara, permanent à la JOC (Jeunes Organisés et Combatifs), ont, quant à eux, mis en lumière les articulations entre violences policières et racisme.

L’entretien collectif a eu lieu ce mercredi 10 février à 18h30. Cité24 a mis en place une distanciation interpersonnelle, conformément aux mesures sanitaires, autant que faire se peut.

Trois des jeunes arrêtés par la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles ce 24 janvier ont eu le courage de témoigner face caméra pour Cité24.

C’était le dimanche 24 janvier au Mont des Arts à Bruxelles. La manifestation concernait justement… les dénonciations des violences policières en Belgique. Un comble. En effet, la manifestation avait fait grand bruit car il y avait eu des centaines de personnes arrêtées (232 au total), dont 86 mineurs. Le dispositif était impressionnant. Certains s’étaient même posés la question de savoir s’il n’y avait pas eu plus de policiers que de manifestants. Les jeunes et moins jeunes arrêtés avaient été emmenés aux Casernes d’Etterbeek. Les violences policières ont surtout eu lieu, là, à l’abri des regards.

Alexandre, un des jeunes invités a expliqué ce qui s’était passé : « D’une cellule à l’autre, les policiers frappaient des jeunes, au sol, à plusieurs« . Il ajoute qu’il a vu un policier faire une balayette à un jeune puis le frapper à terre. Il explique aussi que certains étaient emmenés ailleurs et qu’on ne revoyait plus. Émilie, 17 ans, ajoute « les policiers nous ont obligé à participer à cette manifestation ».

Un autre, Yacine, 17 ans, précise qu’il s’est fait arrêter alors qu’il ne faisait pas partie de la manifestation. « J’étais là pour un tournage », explique-t-il. Il fait état des insultes (« fils de p****, etc.). Il a eu affaire à des injures racistes : « Trois arabes et deux noirs, on se croirait sur un chantier » ou encore « Vous vous ressemblez tous« . Et bien sûr des qualificatifs tels que « bougnoules » ou « macaques« .

« Il n’y avait pas de chauffage dans les cellules« , dit Yacine. « C’était une zone de non droit« .

Les parents ont rencontré Philippe Close, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, en charge de la supervision de la manifestation. « Il nous a expliqué la difficulté du métier de bourgmestre et de la gestion d’une manifestation. Il nous a parlé du covid, ou de choses qui ne nous intéressaient pas. (…) Mais jamais il n’a entendu ce que les jeunes lui disaient. Il n’a pas été désolé. »

La mère d’Émilie tenait aussi à rappeler que la manifestation n’était pas interdite, « Souvent les médias disent que la manifestation était interdite, elle était tolérée. »

« Les violences policières sont structurelles »

L’avocate Selma Benkhelifa a déclaré que des policiers ce jour-là avaient commis des actes illégaux. Elle a pris pour exemple l’arrestation des mineurs. Selma Benkhelifa a expliqué : « l’arrestation de mineurs ne peut se faire qu’en dernier recours, lorsqu’il n’y a pas d’autres choix pour éviter qu’il ne porte atteinte à lui-même ou à autrui (…) Or, ce n’était pas du tout le cas ce jour-là« .

Nordine Saïdi, militant à Bruxelles Panthères, a expliqué que les violences policières sont inséparables du racisme. » En outre, il a déploré que « ni Unia ni le délégué des Droits de l’enfant n’ait appelé massivement (notamment dans les médias ou via les directions d’école) à retrouver les jeunes victimes« . Pour lui, cela peut s’expliquer par le racisme, car « beaucoup de ces jeunes victimes étaient noires ou arabes« .

Anas Amara, militant et permanent aux JOC de Bruxelles, a ajouté : « Ces violences policières font partie intégrantes de l’appareillage policier. (…) Toute cette violence est de nature systémique et structurelle« .

Malgré les quelques difficultés techniques de l’enregistrement de l’émission en live, l’entretien a été fortement commenté sur le réseau social Facebook. La vidéo intégrale de l’émission est disponible ci-dessous.